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Les conventions réglementées

Bail avec la SCI du dirigeant, compte courant rémunéré, management fees : quelles conventions doivent être déclarées, selon quelle procédure en SARL et en SAS, et ce que l’on risque à les taire.

Mis à jour le 10 juillet 2026·Lecture : 13 minutes

Votre société loue ses locaux à votre SCI. Elle vous verse des intérêts sur votre compte courant. Elle facture des prestations à votre autre structure. Chacune de ces opérations est probablement une convention réglementée — et probablement non déclarée.

Cet article approfondit un point de notre guide Pour une vue d’ensemble des obligations de votre société, consultez le guide La gouvernance de votre société.

1. Le principe : transparence, pas interdiction

Une convention réglementée est un accord conclu entre la société et l’une des personnes qui la dirigent ou la contrôlent — directement, ou par personne interposée.

Le droit n’interdit pas ces conventions. Il organise leur transparence, parce que celui qui décide au nom de la société est aussi celui qui en bénéficie. Le conflit d’intérêts est structurel.

Trois catégories coexistent, et les confondre est la première erreur.

CatégorieRégimeExemple
LibresAucune formalitéOpération courante conclue à des conditions normales
RéglementéesProcédure de transparenceBail conclu avec la SCI du dirigeant
InterditesNullitéPrêt de la société à son dirigeant personne physique
La convention « courante et à conditions normales » est un piège C’est l’exception que tout le monde invoque. Elle suppose que l’opération relève de l’activité habituelle de la société et qu’elle soit conclue aux conditions du marché. Un bail consenti par la SCI du dirigeant n’est ni l’un ni l’autre, même à prix normal : louer un local ne relève pas de l’activité habituelle d’une société de conseil.

2. Ce qui est concerné, en pratique

Voici les conventions les plus fréquentes, et les plus systématiquement omises.

  • Le bail conclu entre la société et une SCI détenue par le dirigeant ou ses proches.
  • La convention de compte courant d’associé rémunérée. L’avance non rémunérée pose une question différente ; dès qu’il y a intérêt, la procédure s’applique.
  • Les prestations de services facturées à la société par une autre structure du dirigeant.
  • Les management fees et la convention de trésorerie au sein d’un groupe.
  • La cession d’un actif entre la société et son dirigeant.
  • La rémunération du dirigeant lorsqu’elle est fixée par convention et non par décision statutaire ou collective.
  • La garantie donnée par la société au profit d’une autre société du dirigeant.
Le test en une question La société contracte-t-elle avec son dirigeant, l’un de ses associés significatifs, ou une structure que l’un d’eux contrôle ? Si la réponse est oui, la convention est très probablement réglementée. Le doute se résout par la déclaration, jamais par le silence.

3. La procédure en SARL

L’article L223-19 du Code de commerce organise le régime. La convention est soumise à l’assemblée, sur rapport du gérant ou du commissaire aux comptes s’il en existe un.

Point essentiel : l’approbation intervient a posteriori. La convention n’a pas à être autorisée avant sa conclusion. Elle est présentée à l’assemblée qui statue sur les comptes de l’exercice au cours duquel elle a été conclue.

L’associé intéressé ne prend pas part au vote, et ses parts ne sont pas prises en compte pour le calcul de la majorité.

Le cas du gérant associé unique Lorsque la société ne comprend qu’un seul associé, et que la convention est conclue avec lui, il en est simplement fait mention au registre des décisions. Aucune approbation n’est requise — mais la mention, elle, est obligatoire.

4. La procédure en SAS

L’article L227-10 du Code de commerce prévoit un régime distinct, souvent mal appliqué.

La convention est communiquée au commissaire aux comptes s’il en existe un, ou, à défaut, au président. Le commissaire ou le président établit un rapport, présenté aux associés, qui statuent sur ce rapport.

Comme en SARL, l’approbation est postérieure à la conclusion.

Lorsque la SAS ne comprend qu’un associé, la convention conclue avec lui fait l’objet d’une mention au registre des décisions.

L’erreur la plus répandue en SAS Beaucoup de présidents de SAS croient que l’absence de commissaire aux comptes les dispense de la procédure. C’est l’inverse : le président se substitue alors au commissaire pour établir le rapport. La procédure demeure.

5. Ce qu’il advient d’une convention non déclarée

Contrairement à une idée répandue, la sanction n’est pas la nullité automatique.

Les conventions non approuvées produisent leurs effets. Mais les conséquences préjudiciables à la société peuvent être mises à la charge de l’intéressé, et le cas échéant des autres dirigeants.

Concrètement : si le bail conclu avec la SCI du dirigeant a été surévalué, le dirigeant supporte le surcoût. Si la convention n’a causé aucun préjudice, elle subsiste.

Le vrai risque n’est pas civil Il est fiscal — la convention non déclarée facilite la qualification d’acte anormal de gestion — et commercial : un acquéreur recensera systématiquement les conventions non déclarées, et exigera une garantie de passif en conséquence.

Une convention non approuvée reste par ailleurs opposable aux tiers.

6. Les conventions interdites

Il faut les distinguer soigneusement des précédentes. Ici, la sanction est la nullité.

L’article L223-21 du Code de commerce pour la SARL, l’article L225-43 pour la société anonyme — applicable à la SAS par renvoi — prohibent, au profit des dirigeants et associés personnes physiques :

  • les emprunts contractés auprès de la société ;
  • les découverts en compte courant ;
  • les cautions, avals et garanties donnés par la société pour leurs engagements personnels.

Un compte courant d’associé débiteur entre exactement dans cette catégorie. C’est la raison pour laquelle un dirigeant ne peut pas « emprunter » à sa société, même en se promettant de rembourser à la clôture.

7. Le recensement annuel : la méthode

La procédure suppose de savoir quelles conventions existent. Or personne ne les recense.

Trois mois après la clôture, posez-vous ces questions Quels contrats la société a-t-elle conclus cette année avec ses dirigeants, ses associés, ou des structures qu’ils contrôlent ? Y a-t-il eu un bail, une prestation, une avance rémunérée, une garantie, une cession d’actif ? Ces conventions figurent-elles déjà dans un rapport spécial des exercices antérieurs, ou s’agit-il de conventions nouvelles ?

Une convention conclue lors d’un exercice antérieur et dont l’exécution se poursuit doit être mentionnée chaque année. C’est le cas typique du bail : il est déclaré l’année de sa conclusion, puis rappelé chaque année tant qu’il produit ses effets.

Ce recensement se prépare en même temps que l’approbation des comptes. Les deux obligations se rencontrent au même moment de l’année.

Questions fréquentes

Le bail entre ma société et ma SCI est-il une convention réglementée ?

Oui, dans la quasi-totalité des cas. Vous contrôlez les deux structures, et la conclusion d’un bail ne relève pas de l’activité habituelle d’une société d’exploitation. Le fait que le loyer soit conforme au marché ne dispense pas de la procédure : il évite seulement que la convention cause un préjudice.

Ma SAS n’a pas de commissaire aux comptes. Suis-je dispensé ?

Non. En l’absence de commissaire aux comptes, c’est le président qui établit le rapport présenté aux associés. La procédure subsiste intégralement. C’est l’erreur la plus fréquente en SAS.

Faut-il faire approuver la convention avant de la conclure ?

Non, en SARL comme en SAS. L’approbation intervient a posteriori, lors de l’assemblée qui statue sur les comptes de l’exercice au cours duquel la convention a été conclue. Le régime diffère dans la société anonyme.

Que se passe-t-il si je ne déclare pas une convention réglementée ?

La convention n’est pas nulle et produit ses effets. Mais les conséquences préjudiciables à la société peuvent être mises à votre charge. Le risque principal est fiscal et commercial, non civil.

Je suis associé unique de ma SASU. Dois-je suivre la procédure ?

Vous n’avez pas d’approbation à recueillir, mais la convention conclue avec vous-même doit faire l’objet d’une mention au registre des décisions. Cette mention est obligatoire, et son absence est relevée en audit.

Une convention conclue il y a trois ans doit-elle être déclarée chaque année ?

Si son exécution se poursuit, oui. Le bail, la convention de compte courant ou la prestation récurrente sont déclarés l’année de leur conclusion, puis rappelés chaque année tant qu’ils produisent leurs effets.

Vos conventions sont-elles déclarées ?

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Portalis est juriste en droit des affaires. Il n’est ni un cabinet d’avocats, ni un cabinet d’expertise comptable. Cet article présente un état du droit à sa date de mise à jour. Il ne constitue pas une consultation juridique personnalisée, réservée aux avocats. Les situations particulières appellent l’intervention d’un professionnel réglementé.